Mise en échec de la foi (2èm partie)

Publié le par nivelles

Mise en échec de la foi (2).

 

Après une première mise en échec, celle de la conviction de Pierre convaincu que Dieu ne permettra les souffrances et la mort du Christ, ce qui renvoie à nos mises en échec de nos convictions sur ce que Dieu permettra ou pas, une autre mise en échec est aussi à méditer.

 

C’est celle des disciples qui n’ont pu guérir le fils lunatique d’un homme plein d’espérance en venant vers eux. Ce père, on le sent déçu, attristé voire amer : tes disciples n’ont pas pu le guérir. Constat d’un homme qui avait mis son espoir dans la capacité spirituelle des disciples de Jésus.

 

Ce n’est pas l’échec d’un homme qui a eu tort de croire que les disciples de Jésus pouvaient guérir son fils. Car Matthieu (17 :14 :21) met clairement en cause les disciples par l’accusation de Jésus d’être une race incrédule et pervertie. Mise en échec donc de leur incrédulité plus que de leur foi.

 

Accusation qui s’étend au-delà du groupe des douze, à toute une génération sans foi dont les disciples sont en quelque sorte des exemples. Leur incrédulité est à comprendre comme typique de l’attitude de leurs contemporains incapables de croire en la puissance divine de guérison. Incrédulité qui se retrouvait au sein même du groupe des disciples de Jésus.

 

Pour des croyants, ce n’est pas facile de reconnaître cette part d’incrédulité identique à celle des incroyants. Et pourtant, elle peut être la cause de nos échecs spirituels à en croire ce récit. A décharge des disciples, ce n’était pas un cas facile à traiter, ce cas de possession démoniaque et de maladie. D’ailleurs, il semble qu’ils ne savaient pas comment bien faire pour que ce garçon soit guéri puisqu’ils ont interrogé Jésus sur la cause de leur échec.

 

Mise en échec de leur incrédulité. Mais qu’est-ce que l’incrédulité ? D’après quelques textes, elle peut avoir différentes formes, avoir des nuances. Ainsi l’incrédulité de Thomas est autre que celle de Pierre qui ne pouvait pas croire que le Christ confessé devait souffrir et mourir avant de ressusciter. C’était contraire à sa conception du Messie reconnu en Jésus.

 

Thomas, lui, ne pouvait croire en la résurrection de Jésus sans l’avoir vu avec les séquelles de sa crucifixion. Pour croire il devait voir sinon il était incrédule. On pourrait dire de Pierre qu’il était plutôt dans le refus de croire au destin tragique de son Maître parce que contraire à son attente du Messie, à la différence de Thomas qui, lui, était tout disposé à croire en la résurrection de Jésus à condition de le voir en personne. Incrédulité de formes différentes.

 

L’incrédulité des disciples n’ayant pu guérir le fils de cet homme est d’une autre forme encore. Elle n’était ni un refus de croire, ni une difficulté à croire mais peut-être un doute concernant les capacités illimitées de la foi, un doute à propos de la puissance de la foi en Dieu tout-puissant pour guérir. Un doute qui a fait d’eux des incrédules selon Jésus.

 

Un autre exemple d’incrédulité est à relever. Celui de ce père qui demande à Jésus s’il peut guérir son fils démoniaque. Un récit de Marc similaire à celui de Matthieu puisque même incapacité des disciples consultés d’abord sans réussir à guérir ce fils possédé. Mais dans ce que Marc raconte, apparaît la démarche du père dont Jésus reprend l’approche : si tu peux quelque chose…

 

Cet homme avait l’intuition que Jésus, tout comme il le pensait de ses disciples, pourrait guérir son fils. Et Jésus de répondre : si tu peux… tout est possible à celui qui croit. Et aussitôt, ce père réagit : je crois ! Viens au secours de mon incrédulité ! Mc 9 :14-29. Foi confessée mais incrédulité avouée aussi. Incrédulité mêlée à la foi.

 

Pour distinguer cette incrédulité, on pourrait dire qu’elle n’est ni un refus de croire, ni une difficulté à croire mais un aveu de faiblesse de la foi. Par ces exemples, on remarque que toutes les incrédulités ne sont les mêmes car avec des nuances selon leur cause.

 

Cependant, on peut remarquer une caractéristique commune à toutes ces formes d’incrédulité : elles s’expriment par rapport au Seigneur. Que ce soit celle de Pierre, de Thomas, des disciples ou de ce père, l’incrédulité apparaît en présence ou par rapport à la personne du Christ, à son pouvoir, à son œuvre, à ses promesses.

 

Même si notre incrédulité parfois confessée est un aveu de faiblesse de notre foi, c’est essentiellement aussi une incrédulité vis-à-vis de Dieu et de Jésus-Christ et son être. Malgré notre foi, il nous arrive encore d’avoir du mal à croire que rien ne lui est impossible.

 

Mais ce genre d’incrédulité qui était celle de leurs contemporains à propos de Jésus et qui est aussi celle de nos contemporains, n’était pas seulement une mise en échec de l’intervention des disciples, mais encore une douloureuse frustration pour Jésus.

 

On le sent, en effet,  exaspéré par ce genre d’incrédulité, ce qui n’était pas le cas dans les autres formes d’incrédulité : jusques à quand vous supporterais-je ? Exaspéré par l’attitude incrédule de ses disciples, aussi incrédules que les gens de leur génération qui sont sans foi. Exaspération en constatant leur échec dû à ce manque coupable de foi dans la puissance de Dieu.

 

Ainsi donc, ce n’est pas la foi qui peut être mise en échec pour autant qu’elle reste l’assurance des choses qu’on espère… sans encore les voir se réaliser… mais par contre, l’incrédulité est mise en échec quand elle est l’expression de l’absence d’assurance des choses qu’on espère.

 

Or, sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu ; celui qui s’approche de Dieu doit croire qu’il existe et qu’il récompense ceux qui le cherchent. Hé : 11 :6. Cela paraît élémentaire de croire en l’existence de Dieu pour le prier et en sa bénédiction. Pourtant croire en son existence, c’est plus que croire qu’il existe pour croire qu’il est réellement Dieu avec tout ce que cela signifie de réel, de pouvoir, de confiance, de certitude lorsque nous nous approchons de lui ou croyons en lui.

 

Avec le cantique, nous prions donc : ne laisse pas ma foi défaillir loin de toi ; viens en mon âme et daigne chaque jour, Seigneur de ton amour, nourrir la flamme[1].

 

l. Flémal.

 



[1] ARC 629.

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