Image de la vie... et la croix

Publié le par nivelles

 

C’était un de ces après-midi d’été où le travail se poursuivait ardemment tandis que les nuages montaient, noirs, à l’horizon et que les sourds grondements de l’orage, toujours plus insistants, provoquaient hâte, inquiétude, angoisse et pis encore.

 

C’est l’image de la vie, de notre vie : il y a le travail, la lutte acceptée et loyalement menée, l’effort humain et, parfois même, surhumain. Puis, dans un lointain sur lequel on se fait souvent des illusions, il y a la souffrance qui approche, la souffrance sous mille formes, menaçant les corps et les cœurs, la santé, le bonheur familial, l’existence de ce qui nous est le plus cher, la souffrance prête à tout bouleverser, à tout anéantir !

 

Quels efforts pour chasser cette ombre, et combien inutiles !

Que viens-tu faire ici ? Qui es-tu et que me veux-tu ?

Je suis la croix, ta croix ! Je viens dans le monde et je suis sur toi, inattendue, inévitable, jamais comme tu m’aurais voulue et choisie… si tu avais pu.

 

Vous connaissez ce dialogue ou vous le pressentez et, déjà, vous retrouvez cette inquiétude souvent repoussée et toujours présente qui dit : Que faire ?

 

C’est l’heure où, immanquablement pourrait-on dire, une autre croix se dresse, solitaire, devant l’homme hésitant : la croix sur laquelle Jésus est cloué. Et que dit-elle au cœur angoissé ?

 

Elle dit qu’il faut combattre, comme Jésus a combattu. Oui, Lui, tel qu’Il était en sagesse et en puissance, n’a pas accepté la souffrance comme quelque chose de naturel, une nécessité devant laquelle il faut ployer le dos et se tenir d’avance pour vaincu. Il s’est lancé contre la souffrance rencontrée chez les autres, et quand elle L’a atteint, Lui dans sa chair et dans son âme, Il a crié aussi de tout son être : « Père s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! » Il a pleuré en larmes de sang et ces larmes, si semblables à celles de nos détresses, nous disent que les larmes sont sacrées quand elles se mêlent à la prière et que nous avons le droit de tout demander à Dieu : secours, guérisons et délivrances.  Mais la croix dit aussi que le moment peut venir où Dieu, pour des raisons qui n’appartiennent qu’à Lui, dit « non » et qu’alors, il faut accepter : « Non pas ma volonté, mais la tienne ! »

 

C’est l’heure du sacrifice. Elle est redoutable à notre faiblesse, mais ne nous est-il pas donné, maintes fois de constater que la soumission à la volonté divine loin de briser l’homme, l’élevait à une dignité nouvelle, celle de l’enfant de Dieu ? C’est l’heure de la « paix qui surpasse toute intelligence » et de la victoire décisive sur le monde et ses puissances. C’est ainsi que le Christ élevé sur la Croix attire tous les hommes à Lui et que l’homme qui n’était rien peut « tout par Celui qui le fortifie ».

 

Vous n’en êtes pas là, dites-vous ? Peut-être, mais c’est le chemin qu’il faudra suivre un jour, et, rien qu’à le regarder, n’y a-t-il pas un apaisement dans votre cœur et comme une voix lointaine – ou proche – qui chante :

 

Marche en paix dans la tempête

Sous les flots tumultueux…

Tu vaincras, la mer profonde,

Tu vaincras la sombre nuit !

 

Il y a deux humanités, celle qui souffre et celle qui échappe momentanément à la souffrance ; mais la vraie et totale humanité est faite de ceux qui, ayant connu le jour de la douleur, l’on vu brisé par la puissance venue de Dieu et en Christ.

 

Texte du Pasteur Jules Vincent

(1875-1954)

 

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