Il s'appelait Thomas et il était vraiment sceptique et exigeant...
Thomas le sceptique !
Croire que le Christ est ressuscité et vivant est-ce aussi simple ? Si pour nous cela n’est pas une difficulté, si notre foi ne fait plus aucun doute, en a-t-il toujours été ainsi ? Combien de réticences, d’hésitations, de refus a-t-il fallu surmonter ?
Peut-être que même aujourd’hui, sous l’apparence de convictions fortes et inébranlables, se cachent encore certains doutes que nous n’osons pas dire, certaines difficultés à croire sans conditions.
Dès lors Thomas est un exemple car il a osé avouer qu’il avait un problème avec la résurrection de Jésus : à ses yeux, elle était incroyable sans preuve. Depuis c’est comme s’il avait un casier judiciaire qui le range aux côtés des coupables d’incrédulité. Comme Pierre dont on n’oublie pas les reniements que Jésus lui a pourtant pardonné.
Qu’est-ce qu’on reproche à Thomas ? D’avoir demandé des preuves que les autres disciples ont eu sans les avoir demandées ? Quand Jésus est apparu à ses disciples en l’absence de Thomas, le soir du jour de sa résurrection, il leur a montré ses mains et son côté, séquelles de sa crucifixion de sa propre initiative.
Sans doute en avaient-ils aussi besoin pour reconnaître le Ressuscité, mais sans oser avouer leur incrédulité après la mort de leur Maître. Au contraire Thomas a eu l’honnêteté, le courage, peut-être même la foi de mettre ses conditions pour être convaincu de la résurrection de son Maître.
C’est vrai qu’il a été exigeant. Première condition : voir la marque des clous dans ses mains. Il aurait pu s’en contenter comme preuve ; mais non, il en ajoute une deuxième : mettre son doigt à la place des clous ! Comme si voir la place des clous n’était pas convaincant. Mais il ne s’arrête pas à cette deuxième condition. Il en ajoute une troisième : mettre sa main dans son côté meurtri par la lance du soldat pendant la crucifixion.
Et si le scepticisme de Thomas était sa manière de croire ? Il avait besoin de voir et de toucher pour croire. Et Jésus a accepté son scepticisme. Non pas pour l’encourager mais pour y répondre huit jours plus tard lors d’une nouvelle apparition ; cette fois-ci Thomas était présent et Jésus s’est adressé directement à lui l’invitant à faire ce qu’il avait souhaité faire pour croire : voir et toucher ses plaies.
En venant vers Thomas, Jésus a accepté ce qui ressemblait à un ultimatum, si…, si… si…je ne croirais pas. Il s’est soumis aux conditions posées par son disciple. Son scepticisme n’était pas un obstacle pour Jésus ou une attitude que Thomas devait abandonner en préalable à la rencontre avec lui. Et cela est rassurant : nos doutes n’empêchent pas Jésus de nous rencontrer, de venir vers nous.
C’est même dans son scepticisme qu’il a rejoint Thomas en lui proposant de placer son doigt dans la trace des clous, de regarder ses mains et de mettre sa main dans son côté. Jésus s’est volontairement présenté avec ses meurtrissures pour aider Thomas à croire en sa résurrection.
Alors n’ayons pas peur ou honte d’avouer notre scepticisme devant par exemple ce qui ressemble à de la passivité quand Dieu ne réagit pas face aux catastrophes qui secouent notre planète, quand Dieu ne répond pas à la prière persévérante, quand Dieu n’empêche pas les agressions d’innocents, quand Dieu laisse souffrir…
Scepticisme au point de se demander parfois si cela vaut encore la peine de croire en ce Dieu d’amour et à son triomphe sur le mal par la résurrection du Christ. Scepticisme au point de mettre nos conditions pour croire comme Thomas: si je ne vois pas la preuve de sa bienveillance, je ne croirai pas, si je ne vois pas les marques de son amour dans mon quotidien, je ne croirai pas, si je ne vois pas ce que je veux voir pour croire, je ne croirai pas…
Il y a un scepticisme avouable devant Dieu qui exprime le souhait de voir l’œuvre de Dieu de manière plus présente dans un monde mais aussi dans une chrétienté qui en ont besoin. C’est le scepticisme de Thomas tout disposé à croire et non pas celui de ceux pour qui la foi en Dieu est une affaire classée une fois pour toutes dans la catégorie des dossiers clos.
Ce genre de scepticisme peut aussi aider à se débarrasser d’idées toutes faites sur la foi qui devrait toujours être triomphaliste, sur la prière qui devrait toujours être confiante, sur la vie chrétienne qui ne devrait jamais connaître d’ombre et d’obscurité.
L’accueil favorable et bienveillant que Jésus a réservé à Thomas peut aussi signifier qu’un certain scepticisme fait partie d’un cheminement de foi puisqu’après lui avoir offert de constater par lui-même ses blessures, Jésus invite Thomas à croire. Ce qu’il a fait.
Bien sûr, il y a la remarque de Jésus après la confession de foi de Thomas: parce que tu m’as vu tu crois ! Heureux ceux qui croient sans avoir vu. Etait-ce un reproche ? En tout cas, Jésus n’a pas reproché à Thomas de ne pas croire ou de manquer de foi mais d’avoir besoin de voir pour croire sans le maudire non plus : malheureux sceptique es-tu !
Thomas aurait pu être le premier croyant à la résurrection du Christ sur le témoignage des autres disciples à qui Jésus était apparu. Mais ces mêmes disciples n’ont pas non plus cru au témoignage des femmes revenues du tombeau vide.
Chaque fois c’est la rencontre personnelle avec le Ressuscité qui a vaincu tout scepticisme chez les premiers auditeurs de la nouvelle. Il n’en est pas autrement aujourd’hui : rien ne vaut la révélation du Christ par son Esprit à travers les Ecritures pour susciter la foi et la garder vivante.
Remarquons pour terminer que malgré son scepticisme qui l’exclurait du club des bons chrétiens, Thomas est appelé, dans le texte, l’un des Douze. Comme Judas, le traître, est aussi appelé l’un des Douze, comme Pierre le triple renégat l’était aussi. Comme les plus discrets étaient du nombre des disciples au même titre que les plus proches de Jésus et les plus en vue à ses côtés.
Ainsi les douze n’ont pas été choisis selon un modèle de perfection ou de fidélité ou de sainteté. Et cela veut dire en l’occurrence, que parmi les douze, il y avait de la place même pour un sceptique comme Thomas. Soyons reconnaissants de la présence d’un sceptique parmi les disciples... car les sceptiques ont encore aujourd’hui une place parmi les disciples du Christ.
L.Flémal.